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Aider son enfant à trouver son rythme de sommeil Guy Zeller
Textes

«Je n’en peux plus!» Après trois ans de réveils nocturnes (entre deux et cinq fois par nuit), Nathalie se décide à consulter son médecin. Au bord de l’épuisement, essayant d’être une bonne mère en répondant à chaque pleur de sa fille, elle est arrivée au bout de ses ressources. Avec beaucoup de compréhension, le médecin l’écoute et lui donne le conseil suivant: «Madame, il est temps que votre fille apprenne à dormir toute seule. Ce soir, vous lui expliquerez que même si elle pleure, vous ne vous lèverez plus pour elle car vous avez besoin de dormir. Si cela peut vous aider, prenez des boules quiès, mais soyez ferme.»

En couchant sa fille ce soir-là, c’est avec appréhension et une certaine culpabilité que Nathalie lui fait part de sa décision. Sa fille s’endort rapidement, puis Nathalie va se coucher à son tour. Elle dort très mal cette nuit-là, constamment en train d’attendre les pleurs de sa fille… qui ne viennent finalement jamais!

Le lendemain matin, Nathalie prend sa fille dans ses bras et la félicite. Curieuse, elle lui demande alors: «Comment se fait-il que tu n’aies pas pleuré cette nuit?» La petite répond alors sur un ton innocent: «Tu m’as dit hier soir que tu ne viendrais pas, alors ça servait à rien que je pleure…»

 

Faire de son mieux

A l’instar de Nathalie, toutes les mamans souhaitent faire de leur mieux. A l’arrivée d’un enfant, elles estiment normal de se lever quand il pleure. Pourtant, au fil des mois, elles discutent entre elles et comparent leurs rythmes de vie. «Ah! Le tien passe ses nuits! Tu en as de la chance…» Certaines peuvent compter sur un mari prêt à se lever de temps à autres alors que d’autres assument seules les réveils de bébé. Au bout de quelques mois, elles risquent de se retrouver au bord de l’épuisement et, si la situation perdure encore, c’est toute la famille qui est affectée par la fragilité de maman et les réveils de bébé.

En lisant une histoire comme celle racontée en préambule, on aurait tendance à dire : «Ne nous laissons pas manipuler par les pleurs de nos enfants. Laissons-les pleurer jusqu’à ce qu’ils s’endorment.» Comme disaient nos grands-mères: «Ça leur fait les poumons!» D’autres sont influencées par l’approche opposée, jouant sur la culpabilité et le désir de bien-faire des mères. «Si bébé pleure, c’est qu’il a un besoin, et si on ne répond pas à ce besoin, cela aura des conséquences sur son développement futur.» Comment s’y retrouver dans toutes ces théories divergentes et trouver une approche qui prend en compte autant les besoins de l’enfant que ceux de sa mère?

Il est évident que pendant ses premiers mois de vie, un enfant en bonne santé va passer la majorité de son temps à dormir et à manger. C’est une période où il faut se lever lorsqu’il pleure et répondre à son besoin. C’est entre 4 et 6 mois que la tétée du soir lui donne suffisamment de réserves pour qu’il commence à passer ses nuits, et c’est à partir de là qu’une « éducation au sommeil » peut réellement commencer. Comme l’écrit Evelyne Martello, « le développement d’une bonne hygiène de sommeil, nécessaire à l’établissement d’un cycle de sommeil régulier, n’est pas inné chez l’enfant. Comme dans toutes les autres sphères de son développement, il a besoin d’être guidé et encadré. Les parents sont les premiers maîtres d’œuvre. »

 

Aider l’enfant à trouver son rythme

Il y a une ligne médiane entre le fait d’enfermer bébé dans nos horaires et celui de répondre à tous ses pleurs. Il s’agit alors de l’aider à trouver son propre rythme et son horloge interne. Cela ne se fait pas nécessairement tout seul, et quelque conseils nous aideront à le vivre au mieux.

Veillons tout d’abord à ne pas avoir des attentes inappropriées sur notre enfant. Par exemple, s’il a fait une sieste de trois heures l’après-midi, ne nous attendons pas à pouvoir le mettre au lit tôt le soir.

Veillons à ce que l’environnement où il dort soit adéquat – que sa chambre soit sombre et silencieuse, et que la température ne dépasse pas les 20°C.

Habituons bébé à s’endormir seul. S’il associe la présence parentale comme une condition pour son endormissement, il aura également besoin de cette présence pour se rendormir pendant la nuit. Evitons de le faire s’endormir ou se rendormir dans le lit des parents de façon systématique.

Limitons les interventions lors des réveils nocturnes et veillons à ce qu’elles soient brèves et silencieuses. On évitera de se précipiter dès que le bébé pleure.

Mettons en place un rituel de coucher : un horaire régulier, qui tient compte des signes de fatigue (bâillements, frottement des yeux, pleurs…). Cela peut être une demi heure plus tôt que prévu, ou une demi heure plus tard. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour coucher le bébé après ces manifestations, car celui-ci, devenant trop fatigué, s’agitera au lieu de s’endormir. N’attendons pas trop longtemps pour le coucher le soir, en pensant qu’il s’endormira plus vite. Il vaut mieux déterminer une heure de coucher qui s’appuie sur les indices de fatigue de l’enfant et de garder toujours la même.

Evitons les stimulants avant le coucher : aliments sucrés, activités intenses ou jeux physiques, TV ou ordi… Par contre, un bain une heure avant le coucher favorise l’apaisement et aidera l’enfant à s’endormir. On peut le faire suivre d’un temps de soin, de câlins, d’histoires, de prière.

Des facteurs psychologiques peuvent intervenir à certains stades développement : anxiété de la séparation entre 9 et 10 mois (le fait qu’il ne veuille pas que sa mère le quitte), phase d’opposition entre 18 mois et 2 ans, craintes et peurs entre 3 et 5 ans … Des problèmes de santé peuvent aussi jouer un rôle à certaine périodes et nécessitent de notre part souplesse et soins: poussée des dents, otites, rhumes, coliques…

 

Sevrage parental

Il est normal qu’un enfant se réveille la nuit lorsqu’il termine un cycle de sommeil et passe dans la phase de latence. La situation devient problématique lorsqu’il réclame un parent pour se rendormir. On peut alors lui offrir :

  • Une petite couverture, un ourson ou autre objet sécurisant, comme un t-shirt avec l’odeur de maman, un objet dur pour les dents…
  • D’allumer une petite lumière tamisée (veilleuse)
  • De laisser la porte entrouverte pendant toute la nuit
  • D’avoir un verre d’eau à proximité

Les parents qui souhaitent que leur enfant ne les réclament pas la nuit doivent absolument comprendre que pour être en mesure de se rendormir seul s’il se réveille au cours de la nuit, l’enfant doit au préalable aussi s’endormir seul le soir…

Il existe plusieurs techniques pour sevrer un enfant de la présence parentale. Celle dite de l’attente progressive (ou méthode du 5-10-15) s’est révélée efficace avec un bon nombre d’enfants. Le tout petit de 4 à 6 mois env. jusqu’à 18 mois a une compréhension limitée ; on ne peut pas lui faire comprendre qu’il doit s’endormir seul. Il faut donc créer des associations d’endormissement reproductibles la nuit et indépendantes du parent, au moyen d’objets de transition (peluche, patte, t-shirt…). Lorsque l’enfant se réveille et pleure pendant la nuit, on conseille de le laisser d’abord pleurer 5 mn avant d’aller voir ce qui se passe, puis 10mn lors de son second réveil, puis 15mn lors du troisième éventuel. Le parent entre alors dans la chambre de l’enfant et lui donne son objet de transition. La deuxième nuit, on le laisse pleurer 10mn, puis 15mn, puis 20mn. La troisième nuit 15mn, puis 20mn, puis 25mn… et ainsi de suite pendant une semaine. Les parents peuvent s’attendre à voir dès la troisième nuit des améliorations dans le processus.

 

L’éducation au sommeil est largement inconnue de bon nombre de jeunes parents, qui balancent entre les deux extrêmes de l’horaire fixe en laissant l’enfant pleurer et de la réponse à chacun de ses appels. Chaque enfant étant différent, trouvez votre propre méthode avec laquelle vous êtes à l’aise, et souvenez-vous que la petite enfance, avec ses nuits entrecoupées, n’est qu’une étape de cette formidable aventure de l’éducation!

 
Ressources :

ANTIER, E. Mon bébé dort bien. Paris : Jacob-Duvernet, 2005. 119p.

CHALLAMEL, M.-J. et THIRION, M. Mon enfant dort mal. Paris : Pocket, 2003. 383p.

GALARNEAU, S. Fais dodo, mon trésor : comment favoriser le sommeil de votre enfant. Beauport (Qc) : MNH, 2001. 178p.

MARTELLO, E. Enfin je dors… et mes parents aussi. Montréal : Editions du CHU Sainte-Justine. 113p.

RUFO, M. et SCHILTE, C. Elever bébé : bébé dort bien. Paris : Hachette Pratique, 2004. 126p.
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